La croisade de Sweeney contre Steam sert surtout à vendre le jardin clos d’Epic
Tim Sweeney affirme que Valve freine le jeu vidéo depuis des années. Plus il hausse le ton, plus son propos ressemble à un argumentaire de vente pour l’écosystème d’Epic, pas à un diagnostic neutre.
Image générée par IA
Quand le propriétaire d’une boutique passe des semaines à vous expliquer que la boutique rivale est le problème, la question utile n’est pas « a-t-il raison ? » mais « que vend-il ? ». Dans le cas de Tim Sweeney, la réponse est la version du futur selon Epic, et Steam est le faire-valoir qui la fait paraître inévitable.
Le dernier épisode se résume ainsi. Comme le rapporte GamesRadar, Sweeney a écrit que « Valve freine le jeu vidéo depuis des années en enfermant les jeux PC des développeurs dans le jardin clos social de Steamworks », ajoutant que les joueurs ne peuvent pas parler à des personnes présentes sur d’autres plateformes. Cela survient quelques jours après qu’il a qualifié d’« abominable » l’obligation faite par Valve de déclarer l’usage de l’IA, selon 3DJuegos. Cette règle existe depuis le 10 janvier 2024 et demande aux studios d’indiquer s’ils ont utilisé l’IA générative et comment.
L’accusation de jardin clos a du vrai, et un messager très arrangeant
Rendons à Sweeney ce qui lui revient. Les fonctions sociales multiplateformes sont un grief légitime, et un développeur qui s’appuie sur Steamworks lie bel et bien une partie de son jeu à l’infrastructure de Valve. C’est un débat légitime.
Mais le messager compte. Epic exploite son propre écosystème, avec sa boutique, son moteur et ses services en ligne. « Jardin clos » décrit presque tous les détenteurs de plateforme, y compris celui qui se plaint. Quand l’entreprise qui veut héberger vos joueurs affirme aussi que l’autre hébergeur est l’obstacle, mieux vaut y voir un positionnement concurrentiel. PCGamesN avance un point voisin: les outils de Valve laissent penser que l’histoire est plus nuancée que ne le suggère sa critique. Nous sommes d’accord.
Le débat sur l’IA montre ce qu’il veut vraiment
L’angle de l’IA est le plus révélateur. Sweeney reproche aux mentions de transparence de devenir une « déclaration politique » qu’une meute de détracteurs peut retourner contre les développeurs. Pourtant, le même mois, selon 3DJuegos, Epic s’apprête à lever la restriction d’Unreal Engine et de MetaHuman sur l’utilisation de leurs productions pour entraîner des modèles d’IA, tout en gardant Fortnite exclu de cet usage. Elle promeut aussi une philosophie du « zéro code écrit à la main » et organise un concours d’IA autour d’Unreal Engine, dont elle a dû préciser qu’il était ouvert aux participants n’utilisant aucune IA.
C’est une stratégie cohérente: faire de l’IA la norme, traiter les mentions comme une friction et présenter la plus grande boutique comme le frein. Nous y voyons aussi un pari: celui que les joueurs s’en moqueront. Ce n’est pas acquis. Les équipes de Valve ont elles-mêmes déclaré, selon Vandal, qu’elles avaient connaissance des plaintes concernant des jeux de faible qualité reposant largement sur l’IA lors du Steam Next Fest, et qu’il y a « beaucoup de marge de progression ». Valve ne donne pas aux joueurs le filtre qu’ils réclamaient, et la critique est juste. Mais une boutique qui vous dit ce qu’il y a sur l’étiquette ne freine guère personne.
Jugez les deux boutiques sur leurs rayons, pas sur leurs discours
Steam n’est pas une sainte. Le problème du contenu bâclé est réel, celui des clones est antérieur à l’IA, et le refus de Valve de jouer les gardiens a un coût que les joueurs paient dans la découverte. De son côté, la boutique d’Epic n’a toujours pas des fonctions que Steam propose depuis des années, comme les avis des utilisateurs, d’après des plaintes citées par Revista Yume. C’est le résumé d’un critique plutôt qu’un audit rigoureux, mais il pointe l’écart entre le discours et le produit.
Notre verdict: considérez les messages de Sweeney comme du marketing émanant d’un concurrent dont la priorité est l’IA. Posez à chaque boutique les questions ennuyeuses. Vous aide-t-elle à trouver de bons jeux ? Vous dit-elle ce que vous achetez ? Respecte-t-elle votre façon de jouer avec vos amis ? À ces égards, Steam a du travail, et Epic aussi. Si Epic veut gagner le débat, le moyen le plus économique est de livrer les fonctions, pas des tweets.
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